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Énigme à l’école…

concours de roman photo policier 2010-2011

voir un exemple en cliquant dans la boîte "site à voir", un roman photo en grande section

Objectifs :

Maîtrise de la langue :

Littérature, étude d’un genre littéraire,
Étude des problèmes de syntaxe, orthographe, vocabulaire,
Production d’écrits narratifs, et de dialogue

Éducation à l’image :

          Étude du langage des images (dessin photos)au travers de nombreux exemple,

          Production d’images répondant à des critères précis.

Lien avec les programmes, et objectifs, suite:

voir plus bas



Modalités :

Les enseignants participants pourront solliciter l’aide des animateurs informatiques, pour organiser, suivre, ou finaliser le projet.

Du matériel pourra être emprunté à cette occasion (appareils photo numériques…)

L’ensemble des productions sera communiquée aux participants sous la forme la plus appropriée.

Déroulement :

Cette activité est à resituer dans l’ensemble des activités liées à la maîtrise de la langue.

Pour ce qui nous concerne, l’étude du roman , et plus spécifiquement du roman policier,précédera,  et accompagnera ce projet.

Vous trouverez ci-dessous quelques éléments de réflexion et informations sur le sujet (issue du site du CRDP d’Auvergne) , mais n’hésitez pas à visiter les sites que je vous recommande, il ne s’agit pas de modèles, mais d’exemples, critiquables, pouvant donner des idées.

Vous pouvez aussi consulter le livre « lire et écrire avec le roman policier -CRDP de Créteil de P.Slama et ML.Giou »probablement dans la bibliothèque de Circonscription.

http://www.crdp.ac-creteil.fr/CRDP/anim_peda/images/Produire/Pratiques_Pedagogiques/En_

http://www.weblettres.net/sommaire.php?entree=3&rubrique=11&sousrub=283

http://crdp.ac-clermont.fr/crdp/Ressources/DossierPeda/roman_policier/reperes_modalites.htmL'écriture du roman

La réalisation technique quant à elle ne doit pas être un obstacle, L’AFTICE de votre circonscription peut vous aider…(choix des logiciels , organisation matérielle)

Comment faire ?

·Observer des romans-photos du commerce , sur Internet, et dans votre inspection qui possède une malle « littérature » : relevé des titres, de la structure...

·Travailler sur l'oral pour décrire l'objet "roman-photos".

·Travailler autour du roman policier .Cette partie peut être prédominante ou non, mais ne doit pas être escamotée… voir plus loin.

·Inventer le scénario

·Découvrir les codes de l’image et s’approprier un langage commun (facultatif)

·Réaliser les photos, mettre en page.


En pratique

Toutes les pistes et propositions ( non exhaustives !…) ne seront bien sûr pas exploitée au cours d’une même année scolaire. En maternelle, il pourra s’agit d’une sensibilisation à un genre d’écrit. Le travail pourra porter sur la mise en relation avec d’autres genres, sur la maîtrise du langage, dictée à l’adulte etc.. ( voir la K7 vidéo « Parole et apprentissage à l’école maternelle » dans votre inspection.

Projet d'écriture longue

ci- dessous Le projet d'écriture d'œuvre longue relaté par François Tournaire (professeur des écoles, école Jean-Moulin à Clermont-Ferrand) qui s'est déroulé dans sa classe de CM1.Il fait suite à une appropriation du genre par des lectures individuelles d'œuvres policières et par l'étude collective de deux romans policiers. Il s'inscrit dans une pédagogie de la lecture-écriture où les outils linguistiques sont motivés par des besoins repérés dans les déficits des premiers jets. Le maître détaille finement sa pratique, donnant ainsi des outils pour transférer la démarche d'écriture à d'autres supports.

Pour ce qui nous concerne, à partir du synopsis, un travail spécifique devra avoir lieu.

En préalable, l'appropriation du genre littéraire

Au CE2, les enfants avaient étudié quelques romans policiers pour la jeunesse, parmi lesquels : Qui a volé l'Angelico ?, Crime caramels, Pas de whisky pour Méphisto, Le Crime de Cornin Bouchon (tous de la collection « Mini souris noire », Syros). Sachant que le genre leur a plu, je décide de renforcer cette culture littéraire par l'étude d'autres œuvres, dont les élèves dégageront des constantes, voire des variantes, dans le but de mieux écrire. Une « ronde des livres » donne l'occasion d'étudier plusieurs œuvres : Pas de pitié pour les poupées B., L'assassin habite à côté, Nono, cœur de pierre, La Pêche aux caramels, Sèvres Babylone, Le Chat de Tigali, Les Doigts rouges, Le Monstre du lac noir, Qui a tué Minou-Bonbon ?, tous de la collection « Mini souris noire » (Syros). L'objectif étant une approche globale et intuitive des règles du genre, un bilan est dressé à l'issue de la ronde : les élèves présentent alors les livres et donnent leurs impressions. Dans le cadre d'une étude plus approfondie, avec fiches de guidage, deux œuvres sont étudiées : La Villa d'en face (d'après Boileau et Narcejac, Bayard, collection « Bayard Poche ») et Un tag pour Lisa (d'après Daniel Stéphane, Casterman, collection « Dix et plus »). Les activités proposées visent bien sûr à impliquer le lecteur dans l'histoire par une alternance entre moments de lecture individuelle et moments de lecture partagée. Les fiches de guidage aident le lecteur à comprendre comment l'auteur a géré :

  • l'information (énigme de départ, délit, circonstances du délit, motifs du délit, marques du suspense...),
  • les indices (rapport avec l'énigme, répartition dans le texte, mises en réseau à la fin, fausses pistes...),
  • les personnages (rôle, portrait, comportements, parcours, mots ou expressions pour les désigner...),
  • le temps et l'espace, l'histoire elle-même (schéma narratif).

Elles contribuent à repérer le rôle du paratexte, les choix linguistiques de l'auteur (syntaxe, registre de langue, lexique) et la place du narrateur. Un tableau synoptique est complété après lecture complète de l'œuvre. Il reprend, pour chaque chapitre : son titre, les marqueurs spatio-temporels, les indices, le nom et le rôle de chaque personnage, les faits marquants (actions, buts des personnages), les marques de peur et de mystère qui participent au suspense. Bien sûr, lors de chaque séance de lecture, on a résumé ce qu'on savait, on a fait des hypothèses sur l'attendu et soulevé des questions. Le tableau synoptique permet d'avoir une vue globale de l'œuvre ; il est construit à partir de ce que les élèves ont mémorisé. Un retour au texte peut s'avérer nécessaire si la mémoire faillit ou si les réponses des élèves diffèrent. C'est une aide précieuse pour les lecteurs les moins experts et une référence pour les activités d'écriture à venir.

Démarrage du projet d'écriture

À la croisée des désirs que le maître aura su faire naître chez les enfants et des contraintes institutionnelles, se situe le projet, qui met à l'épreuve l'acquisition de savoir-faire, de savoirs et de savoir-être. Le projet doit être envisagé collectivement, contractualisé.

L'inventaire des ingrédients

(1 séance d'une heure) Quels ingrédients sont nécessaires à l'écriture d'une nouvelle policière ? À cette question les réponses fusent : délit, suspense, enquête, indices, victime, détective, témoin, coupable, suspect, actions, fausses pistes... Elles sont résumées dans un tableau des ingrédients, outil d'aide à l'anticipation du récit.

Des choix déterminants

(1 séance d'une heure) À l'issue d'une discussion, des choix communs sont faits, portant sur :

  • la nature du délit : un enlèvement, en échange d'une rançon ;
  • les personnages qui entrent en scène : trois hommes déguisés en clowns, un enfant de cinq ans ;
  • les circonstances du délit : l'enlèvement a lieu à l'occasion de carnaval, sur la place de la ville, en fin d'après-midi.

Des questions pour aller plus loin

(1 séance d'une heure) Le tableau des ingrédients est consulté afin de préciser plusieurs points :

  • Qui va enquêter ? Deux enfants, voisins de celui qui a été enlevé. Ils jouent souvent avec lui. Ils ont notre âge.
  • Qui aidera les enquêteurs ? Un marchand de farces et attrapes.
  • Quels indices conduiront sur la bonne voie ? La voiture des ravisseurs, un nez de clown, le déguisement de l'enfant, un indice laissé par les ravisseurs chez le marchand.
  • Quels autres personnages interviendront ? Les parents du petit enfant, une nourrice, un jardinier, la police.
  • Quelles fausses pistes peut-on prévoir ? La nourrice (qui aime tant les enfants), un indice qui ne mène à rien (à rien ?).
  • Qui sera le complice ? Le jardinier, qui donne des informations à ses acolytes pour organiser l'enlèvement.

D'autres questions se posent :

  • Comment l'enfant est-il enlevé ?
  • Comment les ravisseurs vont-ils demander la rançon ?
  • Comment se termine l'histoire ?

La question du suspense n'a pas encore été traitée. En effet, les moyens de ménager le suspense, variés, sont étroitement liés au récit. Ici, le suspense est créé essentiellement par l'échéance du versement de la rançon. Le cadre spatio-temporel sera mis en place lors de l'élaboration de la trame.

La trame du récit

(4 séances d'une heure, sur deux semaines) La construction de la trame est une étape fondamentale pour :

  • organiser les informations en notre possession,
  • rechercher de nouvelles informations (cadre spatio-temporel...),
  • vérifier la cohérence du récit,
  • faciliter l'écriture d'un premier jet,
  • avoir une représentation du produit fini.

La trame est fixée à l'aide d'un troisième tableau, constitué collectivement, récapitulant : personnages, lieux, moments, indices, histoire et titres des chapitres. Le tableau de construction de la trame restera affiché lors des séances d'écriture.

Réalisation du roman photo

A titre indicatif, on peu suivre les différentes étapes décrites ci-dessous pour la création du photo-roman

1) découpage de la trame, on obtient un certain nombre de vignettes/photos

2) chaque photo identifiée par un numéro est décrite dans le tableau ci-dessous

N° photo et

photographe

taille

Message, effet

Lieu, décor, objets

Personnages animaux

action

dialogues

texte

1

petite

Montre qu’il fait froid

neige

Un croquis prévoit l’angle, le plan etc… sans forcément utiliser immédiatement le vocabulaire de l’image. (cela dépend du niveau de la classe, des objectifs etcsi on le souhaite on peut s'approprier un langage commun : échelle de plans, cadrage et composition de l'image. Différents exercices sont proposés. Exemple : Remettre 6 photos en ordre et inventer des bulles. Ce travail peut être effectué en observant et analysant les illustration de différentes histoires policières. Voir ici Connaissance des codes de l'image

3) Casting : Choix des équipes Techniciens, photographes, matériels, décors, costumes, maquillage, acteurs.

4) Phase facultative, la prise en main de l'appareil photo numérique pourra s’avérer .

5) prises de vue, plusieurs photos permettrons de choisir .

6) Recherches d’éléments de photo sur Internet, traitement de l’image, retouches etc.

7)traitement des messages

Les écritures successives révèlent des dysfonctionnements. Ceux-ci sont d'abord pointés par le maître sur la production de chaque groupe, puis par la classe à partir du texte écrit sur un support visible de tous.

  • Incohérences sémantiques
  • Ponctuation incorrecte
  • Mots ou expressions trop peu variés pour désigner les personnages…
  • Ruptures énonciatives
  • Non-respect du système des temps choisi , connecteur.
  • Vocabulaire
  • Manque de marqueurs de fatalité, d'angoisse, d'émotion ,
  • Suspense insuffisamment marqué
  • Manque d'informations nécessaires à la compréhension
  • Explicite /implicite
  • Relation narrateur/acteur

La suite des actions n'est pas logique, les actions sont contradictoires... Une relecture attentive permet généralement de traiter la difficulté.

Les erreurs repérées seront l’occasion de séances spécifiques (ou de PPAP) . (à titre d’exemple) En conjugaison :

le passé simple et l'imparfait, le présent, le futur, le conditionnel (forme et valeur).

En grammaire :

les compléments circonstanciels de temps, de lieu et de manière, la phrase interrogative, les pronoms de reprise, la ponctuation.

En vocabulaire :

le champ lexical lié au sujet, les termes relatifs au « polar » (dont on a dressé un inventaire non exhaustif en préambule).

8) Mise en page. Elle sera réalisée avec le logiciel de votre choix (Open office, Lotus, Publisher, BD Studio…)

demandez conseil à votre APMC

9)Envoi . Il pourra se faire par Internet, ou sera remis directement à l’Animateur Formateur TICE

A vos « polars, àvos appareils…


Lien avec les programmes, et objectifs, suite

L'édition pour la jeunesse a rendu accessibles à différents âges de la scolarité élémentaire, voire du collège, de nombreuses histoires policières qu'il est aujourd'hui facile de se procurer. Si les listes de références d'œuvres pour les pratiques littéraires au cycle 1, 2, 3,

Comprennent plus d’ une vingtaine d'histoires policières, albums, romans ou bandes dessinées, (listes 2002-2004 consultable à l’adresse suivante http://www.eduscol.education.fr/D0102/biblio.htm)c'est que le genre est reconnu par l'institution et qu'il constitue une base de travail dans différents champs de l'enseignement du français.

Voire listes de référence

La culture littéraire

La littérature, associée à « dire, lire, écrire », tient une place importante au cycle 3, et le législateur cite à son propos des compétences à installer sur la prise d'information dans les catalogues et les couvertures de livres, sur la compréhension d'un texte long, sur l'élaboration d'un récit et sur le débat d'interprétation littéraire, autant de pratiques qui peuvent toutes s'exercer sur le roman policier. Les documents d'application des programmes préconisent la mise en réseau des œuvres pour construire et élargir la culture des élèves. Le roman policier se croise facilement avec d'autres formes narratives, le réseau pouvant se fonder sur les personnages, le mode de narration, les lieux, les codes...

Dire, lire, écrire

La lecture d'un roman s'accompagne d'activités d'écriture : écrire un chapitre, transformer un passage en changeant de point de vue ou de type de texte, ajouter un dialogue, transposer un passage d'un code à un autre (mot/image), réécrire une quatrième de couverture... sont autant de moyens d'acquérir des compétences rédactionnelles en relation avec les programmes tout en affinant ses connaissances sur le genre policier par l'épreuve du « faire ». La lecture requiert aussi toute la dimension de la mise en voix des textes - « lectures à haute voix, récitations, mises en scène » (voir les documents d'application des programmes) - qui pourra s'exercer sur des textes policiers. Le roman policier, telle une leçon de langage, familiarise le lecteur avec des langages spécifiques. Ceux-ci, souvent en marge des règles classiques - phrases courtes, descriptions réduites, langue familière volontiers argotique - permettent d'intéressantes prises de conscience de l'oral transcrit en écrit et de l'oral comme marqueur social.

Parler

Les interprétations divergentes peuvent être facteurs de débats extrêmement riches entre élèves, dans lesquels l'argumentation jouera un très grand rôle. Le débat et la verbalisation pour expliciter une stratégie ou une interprétation sont au cœur des programmes. Parler de ses lectures, comparer un récit à un autre, convaincre un lecteur de l'intérêt d'un livre... sont autant d'activités que le roman policier va susciter.

L'analyse réflexive de la langue

Elle s'exerce à partir d'observations sur des textes, de besoins éprouvés en situation de lecture ou de projet d'écriture : le texte du roman policier, à l'instar d'autres types de textes authentiques, offre de travailler sur des repérages de connecteurs, de substituts... L'écriture d'un moment de récit va révéler des problèmes orthographiques et syntaxiques, sources de réflexion sur la langue lors de moments pédagogiques que le professeur institutionnalisera dans sa classe. Le projet d'écriture longue d'une nouvelle policière relaté dans la rubrique « En pratique » explicite quelques-uns de ces points de langue qui ont fait l'objet d'un travail en classe de CM1. Enfin, les « ateliers de lecture », recommandés pour travailler ponctuellement sur des difficultés lexicales, morpho-syntaxiques ou des questions de cohésion de texte, peuvent s'enraciner sur des fragments de textes policiers qui font obstacle à la compréhension chez certains élèves.

Spécificités du genre

Le roman policier est l'un des genres du récit. À ce titre, il fait trop souvent, à l'école, l'objet d'études centrées sur les structures narratives au détriment des analyses de contenus. Sans négliger les aspects narratifs les plus créateurs dans le genre, il convient de dégager aussi les spécificités du polar. Le récit policier se caractérise par ses stéréotypes, ce qui facilite chez l'élève de nombreux repérages, comme ceux des personnages (l'assassin ou la victime, le détective ou le commissaire), ceux des lieux (souvent la ville, les quartiers sombres), ou encore des actions (un méfait, crime ou non...) ; mais en dépit de tels stéréotypes, c'est un récit ouvert à des formes de création singulières où il est bon de travailler, selon le titre choisi, l'originalité d'un mode d'énonciation, d'un lieu, d'une configuration de personnages. Pour appréhender d'autres formes de spécificités, on pourra comparer le policier aux récits déjà connus des élèves avant leur entrée en cycle 3, comme le conte ou l'album de fiction. Ce qui en fait par exemple un récit à énigme, c'est moins sa structure que son protocole de lecture. En s'appuyant sur une culture partagée de récits, le professeur peut alors souligner l'originalité du traitement de la fable dans le policier.

Une lecture pour l'enfance

Si le « polar » revêt des connotations négatives, liées à ses choix stylistiques, à une langue jugée trop familière, à son goût du glauque et du morbide, pourquoi l'introduire auprès de jeunes enfants ? C'est que le roman policier concerne l'enfance par la manière dont ses thématiques retentissent auprès de chaque lecteur, et que, au-delà de stéréotypes de surface, il atteste un authentique travail artistique. Le traitement artistique crée un changement de cadre et éloigne les événements narrés de la réalité : le fait divers relaté dans la presse n'a pas le même impact qu'un événement similaire mis en scène dans un roman.

voir "Le Chat de Tigali », Syros (1994)

© André Juillard (Illustrateur) Un exemple de création originale avec deux grands noms : Didier Daeninckx et André Juillard. Un lieu ouvert, contre le stéréotype des lieux clos du polar, un chat de Kabylie, attaché aux enfants malgré ses airs d'indépendance, toute une parabole.


Le plaisir de lire se justifie ainsi, mais loin de conduire à des régressions, la lecture du roman policier se présente comme une leçon pour « grandir » :

  • Grandir, car, comme le conte de fée, le policier conduit le lecteur à attendre, à ne pas céder aux principes de l'immédiateté de la lecture pour mieux s'inscrire dans la réalité du texte ; le détective privé est persévérant et ne cède pas à ses premières impressions.
  • Grandir, car une identification au héros, au détective, est souvent possible, même si celui-ci apparaît comme une machine à raisonner.
  • Grandir, car le roman policier ne craint pas d'utiliser l'humour, l'ironie, véritable leçon de distanciation pour le lecteur.
  • Grandir, car les énigmes du roman policier obligent à des raisonnements hypothético-déductifs de haut niveau, à des remises en cause de la propre logique argumentative ; le policier se veut le triomphe de l'intelligence sur les passions.

Grandir, car le roman policier pour la jeunesse, même s'il n'élude pas la violence et la mort, rappelle souvent les romans d'initiation qui aident le lecteur par projection dans sa quête d'identité.

Un genre qui s'adapte

L'un des facteurs qui jouent contre une pratique de la littérature policière auprès des jeunes, c'est la violence qu'elle exploite. Pourtant, si la littérature de jeunesse tente de garder auprès de son jeune lectorat ce qui fait son attrait chez les adultes, le traitement de la violence y est spécifique afin de ménager la sensibilité des enfants tout en conservant le sens du frisson. Ainsi, quand la mort est au rendez-vous, elle concerne souvent un animal, comme dans Le Chat de Tigali où Didier Daeninckx met en scène une parabole. Le racisme ordinaire, sordide, aboutit à un acharnement contre le chat du narrateur rentré d'Algérie, fait violent en soi : le chat symbolise ainsi l'innocente victime d'une situation dure et cruelle. L'image atténue la violence des mots. Qui a tué Minou-Bonbon ? présente plus de douceur encore grâce aux connotations sucrées du nom du chat, mort lui aussi, et focalise par ailleurs le récit sur la recherche du coupable sans trop s'attarder sur la victime. Parfois, le méfait, présenté a priori comme un crime sordide, est en fait un banal larcin : l'affreux criminel de La Belle et le Loubard n'a, de fait, qu'emprunté « le larfeuille » de celle dont il est amoureux pour avoir un prétexte de la rencontrer. Les doigts rouges du sang du crime ne sont que des doigts tachés de la peinture rouge du vélo, cadeau d'anniversaire qu'on va offrir au protagoniste, dans Les Doigts rouges (l'un des romans policiers de la liste de référence des nouveaux programmes du cycle 3). Ces quelques exemples invitent à regarder comment s'écrit chacun des romans du secteur jeunesse, en se gardant de généralités sur le genre. Les adultes ont une culture fondée sur leurs propres pratiques littéraires, mais il importe de lire de nombreux polars enfantins pour percevoir comment la littérature de jeunesse « recrée » le genre par une mobilisation de traits spécifiques, parmi lesquels on peut citer :

  • la douceur et la sucrerie,
  • les victimes animales,
  • les enfants détectives,
  • le milieu scolaire,
  • les faux méfaits.

Au cours des échanges oraux effectués à partir des lectures d'œuvres par les élèves, il sera bon de pointer ces éléments lorsqu'ils sont présents et de fonder ainsi, par des comparaisons entre les romans, les mises en réseau prônées par les nouveaux programmes. Ces mêmes éléments permettront de différencier le genre enfantin du genre adulte, souvent glauque voire sordide, que les élèves connaissent pourtant par la télévision : la verbalisation favorisera une mise à distance de la violence. Mais on pourra remarquer, dans les séries à grande diffusion comme « Julie Lescaut » ou « Navarro », la présence d'enfants, ceux des commissaires et leurs copains, qui introduisent une respiration et une détente, par leur fantaisie, leurs préoccupations et leur vision du monde, cassant ainsi la dureté de l'intrigue première de ces téléfilms

Repères éditoriaux

Les collections sont nombreuses chez presque tous les éditeurs pour la jeunesse et évoluent rapidement, au point qu'il est difficile d'y installer des repères stables. Les éditions Syros se sont distinguées les premières en créant la collection « Souris noire », qui reste une base de lecture pour les élèves de cycle 3 ou de collège. Mais la jaquette s'est transformée trois fois en quelques années (voir illustration), rendant caduque, chez les jeunes élèves, toute mémorisation de repères sur l'objet livre !

La marque de fabrique de chaque collection passe cependant par :

  • des logos reconnaissables, souvent caractérisés par un jeu de couleurs où le noir ou/et le jaune ont une place privilégiée,
  • des symboles, comme la loupe ou l'empreinte digitale.

Aussi, il sera important d'apprendre aux élèves - pour qu'ils sachent choisir des livres qui leur conviennent - à prélever ces informations qui situent d'emblée le genre. C'est ainsi qu'on repère chez les éditeurs Syros et Nathan des stéréotypes dont le motif iconographique peut évoluer mais dont la stabilité sémantique demeure.

Lecture littéraire

Construire un protocole de lecture avec les élèves

La lecture d'un genre aussi marqué que le policier repose sur un protocole spécifique qui se construit. Le jeune élève a tendance à lire une seule fois, de façon linéaire, en passant trop rapidement sur ce qui est par exemple un indice et qui nécessite un retour en arrière : le code du polar n'est jamais acquis une fois pour toutes. Il importe donc de mettre en œuvre des pratiques de lecture adaptées au fonctionnement du roman policier sans placer l'élève devant des « questions de lecture » anecdotiques, témoignant de prise d'information et non d'interprétation. Le questionnement invitera l'élève à mettre en relation les informations par rapport à la résolution de l'énigme, à construire du sens au-delà de ce qui est littéralement écrit, à percevoir la logique policière et ses rouages... Chaque texte étudié requiert ses modalités de questionnement ; cependant, les apports de didacticiennes comme Jocelyne Giasson et Catherine Tauveron aident les enseignants à construire un questionnement de texte littéraire.

Travailler sur l'intertextualité

Le roman policier crée les conditions d'un travail intertextuel qui motive les enfants. Tout texte s'écrit en relation avec d'autres textes. Les programmes de cycle 3 recommandent les mises en réseau de livres afin d'élargir la culture littéraire de l'élève : le roman policier se prête bien à ce travail. Les enseignants construiront des réseaux à l'intérieur du genre pour comparer les détectives ou les victimes, les lieux... et des réseaux favorisant la comparaison de récits appartenant à des genres différents (voir « En pratique »). Il n'est pas nécessaire que l'élève possède a priori toute la culture mobilisée dans un texte qui renvoie implicitement à d'autres textes. En revanche, il importe de jouer des interactions dans la classe pour pointer comment un événement du roman résonne avec un fait culturel. Le maître est garant de cette culture que, au besoin, il aide à construire en apportant des documents.

L'album d'Yvan Pommaux, John Chatterton détective, joue de cette intertextualité en citant indirectement des contes comme Le Petit Chaperon rouge, Le Petit Poucet et le cinéma américain...
un site à ne pas manquer : http://cd77-upbe.creteil.iufm.fr/preps/ChauconinLoup/Chatterton/chatterton.htm

Mise en réseau de titres

La construction d'une culture littéraire dans le domaine du récit policier passe par la lecture d'histoires policières et l'opposition du « polar » à d'autres genres de récits.

L'enseignant, après s'être procuré des livres à caractère policier parmi ceux de la « liste de références », en programme la lecture sur plusieurs semaines, selon différentes modalités :

  • Il en fait lui-même une lecture magistrale, soit intégrale soit d'extraits, et invite les élèves à repérer des points communs entre les récits, au fur et à mesure de leur présentation. L'activité orale permet de dégager collectivement les caractéristiques du récit policier la lecture peut être effectuée par des élèves chargés de présenter chaque jour un nouveau livre.

Exemples dans et hors liste de référence :

Crime caramelsJean-Loup Craipeau, illustrations de Christophe Rouil. Syros jeunesse, 1997. 32 p. (Coll. Mini Souris).Gilles est un incorrigible gourmand. Sans doute, ce jour-là, n'aurait-il pas dû céder à la tentation et voler les caramels, mais c'est trop tard ! Le voici avec un mort sur la conscience et obligé de composer avec son terrible voisin, M. Kolestérol. Un vrai polar où le comique naît du contraste entre les deux personnages principaux, calculs sordides d'un côté, franche naïveté de l'autre. À partir de 8 ans.

Crime en coulisses Martine Delerm. Magnard Jeunesse, 1999. 48 p. (Coll. Les p'tits policiers). C'est le mois d'août. La petite ville d'Ambert (Puy-de-Dôme) vit au rythme de son festival de théâtre. Comme tous les étés, Marion passe ses vacances chez ses cousins, Mathilde et Arthur. Tous trois passionnés de théâtre, ils se régalent à l'avance de cette semaine de festivités... Mais, cette année, le festival d'Ambert leur réserve une bien sinistre comédie : un crime est commis dans les coulisses du théâtre ! Marion et ses cousins décident d'élucider ce mystère... Un bon suspense, mystérieux et inquiétant à souhait.


On a volé le Nkoro-Nkoro Thierry Jonquet, illustrations de Frédérique Strintz. Syros jeunesse, 1997. 32 p. (Coll. Mini Souris). Ce roman raconte l'histoire de deux cancres, Oumar et Marcel, devenus mystérieusement les premiers de la classe de Mme Calife. Le roman policier parle des banlieues, du chômage, de la misère, de la violence et du racisme.

Où est passée Priss la poupée ? Alexis Lecaye, illustrations d'Antoon Krings. Gallimard Jeunesse, 1995. 40 p. (Folio Benjamin). À consulter en bibliothèque. Fennec le privé mène à bien les enquêtes les plus compliquées et les plus variées. Fidèle en amitié, Fennec le Futé défend Souris sucrée et l'aide à rechercher sa poupée kidnappée. Ses tarifs sont toujours les mêmes : deux chewing-gums de l'heure plus les frais ! Beaucoup de fraîcheur et de gravité à la fois.

Pas de pitié pour les poupées B.
Thierry Lenain. Syros jeunesse, 1997. 32 p. (Coll. Minis Souris). Qui dans la classe a osé s'attaquer aux poupées Barbie en les mutilant aussi affreusement ? Un polar pour petits, très court mais dense, qui se lit d'un trait, et d'une grande finesse psychologique. Une valeur sûre dans la collection. À partir de 8 ans.

Qui a tué Minou-Bonbon ? Joseph Perigot, illustrations de Frédéric Rébéna. Syros jeunesse, 1997. 32 p. (Coll. Mini Souris). La gourmandise est un vilain défaut, mais ce n'est pas une raison pour se faire tuer à coups de bâton ! Nico s'enfuit de l'école pour retrouver l'assassin de Minou-Bonbon, le vieux minou trop gourmand. Un vrai roman policier avec les ingrédients classiques : un meurtre, plusieurs suspects, des indices qui mènent peu à peu au coupable que l'on châtie. Et puis la vie et la bonne humeur reviennent. Beaucoup de fraîcheur et de gravité à la fois. À partir de 8 ans.

À partir de 9 ans


Lapoigne et l'Ogre du métro Thierry Jonquet, illustrations de Hervé Blondon. Nathan jeunesse, 1995. 185 p. (Coll. Pleine lune). Une intrigue policière dans les couloirs du métro parisien où l'on côtoie des personnages inquiétants. Claudius Lapoigne, un ancien professeur de latin devenu clochard au cœur tendre, est soupçonné d'être l'ogre qui attaque les bouchers afin de leur voler de la viande bien fraîche... Du suspense, une atmosphère bon enfant et un vocabulaire truculent. À partir de 10 ans.

Le Chat de TigaliDidier Daeninckx, illustrations d'André Juillard. Syros jeunesse 1997, 32 p. (Coll. Mini Souris). Un couple d'instituteurs quitte l'Algérie pour la France. Ils emmènent avec eux leur chat, une bête fière et indépendante aux allures de seigneur. Mais bientôt arrivent des lettres de menace. À travers l'histoire de la mort de ce chat, c'est le problème de l'intégration qui est évoqué ici avec des mots sobres et justes. La chute malicieuse de l'histoire montre la victoire de la vie sur la méchanceté et le racisme. Un chef-d'œuvre !

Une magouille pas ordinaire Bruno Heitz, illustrations de Frédéric Rébéra, 1997, 120 p. (Coll. Roman graphique) L'épicier Favergeot a disparu avec son camion et sa cargaison. Hubert, détective privé de « cambrousse », est chargé de l'enquête. Il cherche des traces... en vain. On lui annonce alors que Favergeot a été retrouvé mort à Paris, victime d'un coma éthylique. Or il ne buvait pas. Ce livre au style riche et à la structure complexe (retours en arrière, plusieurs histoires parallèles menées dans l'ouvrage) plaira à partir de 12 ans.

Série « Jeannette Pointu » Marc Wasterlain. Dupuis. Une des particularités de la série « Jeannette Pointu » est le mélange de faits réels avec ceux du folklore. En effet, la plupart de ses aventures sont fondées sur des faits véridiques, ce qui en fait des aventures actuelles. Les Fourmis géantes Marc Wasterlain. Dupuis, 1997. Jeannette Pointu n°12. Toujours à la recherche de reportage captivant, la reporter Jeannette Pointu part en Afrique, à la recherche d'un poisson préhistorique. Mais le voyage la mène sur une île recelant des mystères encore beaucoup plus importants : les fourmis géantes.

Série « Marion Duval » Yvan Pommaux. Bayard éditions (Coll. Le centurion). Marion Duval est l'une des rares héroïnes de BD et quel numéro ! Courageuse, débrouillarde, âgée d'environ 12 ans, elle se sort de toutes les situations difficiles et en remontre même à son père ! Suspense garanti et enquête qui ne manque pas de sel. Les lecteurs déjà bien aguerris, de 10 ans et plus, entreront avec bonheur dans cette bande dessinée menée tambour battant par Marion Duval, jeune fille intelligente, maligne et aux allures de Rouletabille en jupons.

La reine des fourmis a disparu, album de Bernard Frédéric et François Roca, Albin Michel Jeunesse. Touchez pas au roquefort ! album de Bernard Stone et Rodolph Steadman, Gallimard Jeunesse. Ce cher Wilkinson, Clifton, bande dessinée de Bob Groot, Turck, Le lombard.

Les Doigts rouges, roman de Marc Villard, Syros Jeunesse. Un tueur à ma porte, roman d'Irina Drozd, Bayard Jeunesse. Drôle de samedi soir !, nouvelles de Claude Klotz et Boiry, Hachette Jeunesse. Tirez pas sur le scarabée, roman de Shipton Paul, Pierre Bouillé, Hachette Jeunesse. Un printemps vert panique, roman de Paul Thies et Emmanuel Cerisier, Rageot. John Chatterton détective, Yvan Pommaux, L'École des Loisirs. Et bien d’autres albums….dès la maternelle

Identifier les différences avec d'autres genres de récits

L'enseignant reprend des titres de récits policiers de la sélection précédente ; il y mêle des récits de la « liste de références » appartenant à des genres différents : un ou deux contes, un ou deux récits fantastiques, quelques romans historiques, des romans d'humour. Il les présente selon les modalités explicitées précédemment à propos de la sélection de récits policiers. Il s'agit ensuite, par un questionnement oral, de faire verbaliser les différences liées non pas au contenu de la fable, mais au genre.


Date de création : 13/10/2004 ~ 21:58
Dernière modification : 04/09/2010 ~ 17:02
Catégorie : Projets
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